L'audace
Oser prendre des risques et sortir des sentiers battus. Sans audace, je n'aurais jamais demandé ce stage chez IBM, ni créé SuperHote. C'est le déclencheur de chaque grand changement.
De l'expulsion familiale à 12 ans au CDI chez IBM, de la cage dorée du métro-boulot-dodo aux galères de l'immobilier jusqu'à la création de SuperHote — voici mon histoire, racontée sans filtre.

C'est mon histoire. Celle d'un gamin né dans la précarité, qui rêvait d'un autre destin, qui s'est cassé les dents sur la location courte durée, et qui a fini par coder les outils dont il aurait eu besoin dix ans plus tôt. Je la raconte ici parce que SuperHote n'existerait pas sans elle.
La scène est gravée dans ma mémoire : j'ai 12 ans et ce jour-là, en rentrant du collège, je découvre un camion de déménagement garé devant chez moi — avec notre canapé à l'intérieur.
Je m'avance, le cœur battant. Des inconnus sont en train de vider notre appartement. Je vois l'un d'eux emporter mon bureau d'écolier. Je ne comprends pas tout de suite… puis la vérité me frappe de plein fouet : nous sommes expulsés de chez nous.
Je n'ai pas pleuré ce jour-là, trop choqué pour réagir. Mais j'ai vu la détresse dans les yeux de mes parents. Ils nous ont rassemblés, ma sœur et moi, pour nous expliquer d'une voix brisée que nous avions tout perdu.
Mes parents s'étaient sacrifiés pour nous offrir une vie meilleure. Tout juste âgés de 18 ans, ils avaient quitté Madagascar, portés par l'espoir d'un avenir meilleur en France. Ma famille était modeste, humble, et en arrivant ici, ils ont enchaîné les petits boulots pour survivre.
Je me souviens des réveils glacials à 4 heures du matin pour les livraisons de journaux. Des étés où ils animaient des soirées dans des campings, pendant que je dormais sur quelques couvertures dans un coin, entre deux cartons, le temps qu'ils finissent leur travail.
Après l'expulsion, chaque lundi après-midi, nous faisions la queue aux Restos du Cœur pour recevoir un carton de vivres. J'observais mes parents, épuisés, contraints de dépendre de la charité pour nous nourrir.
Ces images se sont gravées en moi, alimentant chaque jour un feu intérieur : la détermination de changer le cours des choses.
“Ce moment m'a marqué au fer rouge.”

Un jour, au collège, un copain m'a demandé : « Et ton père, il fait quoi dans la vie ? » J'ai senti la honte me serrer la gorge. Spontanément, j'ai menti : « Il est informaticien chez IBM. »
À cet instant, sans le réaliser, je venais de créer un rêve, ma légende personnelle. Quand mon ami m'a demandé ce que je voulais faire plus tard, j'ai répondu du tac au tac : « Comme lui, informaticien chez IBM. » Ce mensonge d'enfant est devenu mon objectif secret.
Au lycée, mes notes ont chuté et j'ai de justesse obtenu mon bac, avec une moyenne de 10,2. Pas de quoi faire la fierté des professeurs… ni de mes parents. Mais au fond de moi, je sentais bouillir un potentiel inexploité.
C'est à l'université que tout a commencé à changer. Un jour, un intervenant extérieur a mentionné qu'il travaillait chez IBM. Mon cœur a fait un bond. À la fin de son intervention, j'ai pris mon courage à deux mains : je lui ai dit, presque d'une traite, combien je rêvais d'intégrer IBM et que j'étais prêt à tout pour y parvenir.
Cette demande audacieuse devant toute ma classe a changé le cours de ma vie : il m'a accordé un stage. Quelques mois plus tard, ce stage s'est transformé en CDI. Moi, le gamin qui faisait la queue aux Restos du Cœur, je devenais ingénieur informaticien chez IBM. 10 ans après mon mensonge blanc, il devenait réalité.
“Je voulais devenir une légende familiale, la preuve vivante qu'on peut changer le destin d'une lignée.”

J'avais atteint le rêve que je m'étais fixé enfant. En CDI chez IBM, avec la stabilité et la reconnaissance sociale qui faisaient briller les yeux de mes parents. J'aurais pu m'en contenter… mais quelque chose clochait.
Très vite, l'euphorie est retombée. Les augmentations dérisoires qui exigent de la politique interne plutôt que du mérite. Les journées qui se ressemblent toutes. L'impression d'être un rouage anonyme dans une immense machine.
Chaque matin, je prenais le même train, je voyais les mêmes visages fatigués sur le quai, j'allais m'asseoir au même bureau. Je commençais à comprendre ce qu'était le piège du métro-boulot-dodo : une cage dorée.
Mon corps a commencé à envoyer des signaux d'alarme. À force de rester assis, stressé, démotivé, je prenais du poids. Beaucoup de poids. Après quelques mois à ce rythme, je dépassais les 100 kilos. Moi qui avais toujours été plutôt mince.
Je me suis réveillé un matin avec une pensée claire : je ne vis pas la vie que je veux, mais celle qu'on attend de moi. Je me suis lancé un défi aussi ambitieux que fou : retrouver la forme et la santé en seulement 100 jours.
J'ai annoncé publiquement sur Internet mon projet de transformation physique, pour m'obliger à aller jusqu'au bout, sans tricher. Chaque jour, je postais mes progrès, mes difficultés, mes victoires. Cent jours plus tard, j'étais transformé physiquement — des dizaines de kilos en moins — mais le plus important se passait dans ma tête.
J'avais prouvé, surtout à moi-même, qu'avec un objectif clair et de la détermination, je pouvais accomplir l'impossible. Si je pouvais changer mon corps en 100 jours, qu'est-ce qui m'empêchait de changer le reste de ma vie ?

En parallèle de mon travail chez IBM, j'ai commencé à m'intéresser à l'immobilier, notamment à la location courte durée. Après des semaines de visites et plusieurs refus de prêt, j'ai sauté le pas : j'ai acheté mon premier appartement. Un modeste deux-pièces au 5ème étage sans ascenseur.
Ma toute première réservation a viré au cauchemar. La peinture venait à peine de sécher, mes photos étaient meilleures que la réalité après des travaux bâclés. Pour rattraper le coup, je me suis improvisé chauffeur privé et guide touristique pour mes voyageurs.
Mon salon s'était transformé en laverie géante : des draps et des serviettes séchaient sur chaque centimètre disponible. Chaque week-end était accaparé par les allers-retours pour nettoyer, accueillir, régler les petits problèmes à toute heure. Les clés perdues, les canalisations bouchées le dimanche matin, les voyageurs qui font la fête et la mamie du dessous qui appelle la police…
Au bord de l'épuisement, j'ai pris une décision radicale. Plutôt que d'abandonner, j'ai décidé d'être plus malin. Grâce à mes compétences en informatique, j'ai commencé à créer mes propres outils, à pousser Beds24 dans ses retranchements, à automatiser tout ce qui pouvait l'être.
Mais en bon informaticien, je voyais aussi les limites des outils du marché : rigides, peu adaptés à mes besoins. Si personne n'avait encore conçu l'outil parfait pour ce que je faisais au quotidien, pourquoi ne pas le faire moi-même ?
En secret, le soir après le boulot et les week-ends entre deux états des lieux, j'ai commencé à développer ma propre plateforme. Simple d'apparence mais redoutablement efficace à l'intérieur. Une plateforme qui combine tout : réservations, communication automatique, synchronisation multi-plateformes, et même du coaching pour aider les novices.
“J'allais transformer chaque galère en opportunité, chaque frustration en innovation.”

Ce projet personnel ambitieux a finalement vu le jour et a pris un nom : SuperHote. Au début, c'était juste mon secret, mon arme pour reprendre le contrôle. Mais très vite, j'ai réalisé que j'avais créé bien plus qu'un logiciel pour moi tout seul : j'avais posé les bases d'une méthode révolutionnaire pour la location courte durée.
SuperHote n'est pas un énième Channel Manager complexe et impersonnel. C'est tout le contraire. C'est la synthèse de tout ce que j'avais appris sur le terrain, dans la douleur comme dans la réussite. La solution que je rêvais d'avoir à mes débuts.
Mes propres revenus locatifs ont explosé, et surtout, j'ai retrouvé la tranquillité d'esprit. Mes nuits redevenaient des nuits. Mes week-ends, des week-ends. C'est en racontant ce que j'avais bricolé, à mes proches et autour de moi, que j'ai réalisé que je tenais quelque chose qui dépassait largement mon cas perso.
J'ai quitté mon emploi chez IBM pour m'y consacrer entièrement. Au départ, j'étais seul avec mon ordinateur portable, dans mon salon-laverie reconverti en bureau. Puis j'ai commencé à m'entourer : développeurs, experts du marketing, spécialistes de l'expérience client.
Aujourd'hui, je suis entouré d'une équipe de plus de 50 personnes. SuperHote est devenu le leader en France, et je continue à coder, à recruter, à arbitrer sur le produit comme au premier jour.
Mais je n'ai pas l'impression d'avoir fini. Mon ambition ne s'arrête pas à la France. Je veux pousser SuperHote bien plus loin — parce qu'au fond, ce que je construis, ce n'est pas un logiciel : c'est l'outil qui m'aurait sorti d'affaire dix ans plus tôt.

Au fil de toutes ces étapes — de l'expulsion à l'IBM, de l'IBM au salon-laverie — j'ai forgé quatre convictions. Aujourd'hui encore, elles dictent ma façon de bosser, d'écrire du code, d'embaucher, de vivre.
Oser prendre des risques et sortir des sentiers battus. Sans audace, je n'aurais jamais demandé ce stage chez IBM, ni créé SuperHote. C'est le déclencheur de chaque grand changement.
Créer sa vie selon ses propres règles. SuperHote est né de cette soif : redonner aux gens le contrôle sur leur temps et leurs revenus.
Chercher à s'améliorer chaque jour. Mon défi des 100 jours en est l'illustration : se fixer des objectifs ambitieux et les atteindre, coûte que coûte.
Prendre son destin en main, même quand personne ne croit en vous. C'est ce que j'ai fait à 18, à 22, à 30 ans — et c'est ce qui m'a permis d'écrire la mienne. Celle dont je suis fier aujourd'hui.
Au moment où j'écris ces lignes, je gère toujours mes propres locations courte durée. Et la majorité des gens que j'ai recrutés autour de SuperHote en gèrent aussi. C'est sans doute pour ça que le produit est resté fidèle à ce qu'il devait être au départ : l'outil que je voulais utiliser moi-même.

Quand je relis ces chapitres, j'ai parfois l'impression que je parle de quelqu'un d'autre. Le gamin de 12 ans devant le camion de déménagement. L'étudiant qui mentait sur le métier de son père. Le type à 100 kilos qui ne voulait plus se voir dans le miroir.
Mais c'est moi. Ça a été moi. Et c'est pour ça que je continue.
J'ai aujourd'hui une équipe de plus de 50 personnes autour de moi. SuperHote est leader en France. Je devrais peut-être m'en contenter. Je ne m'en contente pas.
Parce qu'à chaque fonctionnalité que je code aujourd'hui, je pense au type que j'étais — celui qui dormait avec son téléphone à côté de l'oreiller, terrifié à l'idée d'être réveillé à 3h du matin par une urgence qu'il ne savait pas gérer.
C'est ça, mon moteur. Pas une stratégie de croissance. Une dette à payer envers la version de moi qui galérait — et envers mes parents, qui n'ont jamais eu d'outil de ce genre pour les sortir d'affaire quand ils en avaient besoin.
Voilà. C'était mon histoire. Merci d'être arrivé jusqu'au bout — c'est rare qu'on lise tout, surtout quand c'est aussi long que ça.
À bientôt peut-être,
— Mat
30 jours d'essai, sans engagement.